POLLUTION PAR L’ÉLEVAGE PORCIN
Au Québec, sept millions de cochons sont dépecés chaque année en 480 000
tonnes de viande, dont la moitié est exportée aux marchés étrangers. Ces
animaux produisent chez-nous au Québec, tout près de sept millions de tonnes
d’excréments qui constituent un véritable fléau environnemental. Les charges
d'azote, de phosphore et de carbone contribuent à la prolifération des plantes
marines et des phytoplanctons qui consomment une part importante de l'oxygène
marin.
Les déjections de cochons s’infiltrent dans les sols, polluent les nappes
phréatiques et les cours d’eau et amènent des micro-organismes, responsables de
diverses intoxications chez l’être humain dont certaines mortelles.
Le procès de la tragédie de Walkerton a révélé que les bactéries E. coli
responsables de la mort de résidents provenaient de fumier rejeté par les élevages
qui avaient contaminé l’eau souterraine.
D'ici 2050, sept milliards d'êtres humains dans une soixantaine de pays
pourraient être confrontés à une très grave pénurie d'eau. Dans son «
Rapport sur la mise en valeur des ressources en eau », l’Unesco met en garde
contre le risque de voir des conflits naître de la quête désespérée de l'eau dans
certaines zones en voie de désertification.
Les gaz méthanes des animaux, gaz répandus dans l'atmosphère, contribuent à
l'effet de serre dans une proportion de 33%. Le lisier dégage de l’ammoniac
gazeux, principal responsable des pluies acides.
Gérard Mégie, président du Conseil national de la recherche scientifique et
spécialiste des « équilibres physiques et chimiques de l'atmosphère terrestre »
explique que « si on laisse se prolonger la courbe actuelle de l'augmentation des
émissions de gaz à effet de serre, on arrivera vers l’année 2050 - c'est-à-dire
demain - à un taux de CO2 dans l'atmosphère trois à quatre fois supérieur à ce
qu'il était avant l'ère industrielle. Ce qui signifie une augmentation moyenne de la
température mondiale de plus de 6 degrés, avec des bouleversements climatiques
ingérables pour l'humanité. »
Le lisier contient également des micropolluants de cuivre et de zinc. La mise en
place de traitements d’épuration peut même avoir pour effet d’augmenter
indirectement les risques pour l’environnement car les polluants comme le cuivre
ou le zinc ne s’éliminent pas; des études révèlent qu’ils s’accumulent dans les sols
au fur et à mesure des épandages. Si, à la suite d’un traitement, un lisier a perdu
90% de son azote, il pourra être épandu sur une surface dix fois moindre,
entraînant un apport dix fois supérieur en polluants résistants au traitement.
Ainsi, la teneur en cuivre et en zinc de certains sols s’approche lentement des
seuils de phytotoxicité, ce qui signifie, à moyen terme une stérilisation des terres.
D’après une étude menée sur 190 parcelles du Finistère, les sols atteindront le
seuil de phytotoxicité dans environ un siècle si l’on continue à répandre du lisier
au rythme actuel. (4)
Témoignant devant la commission parlementaire de Québec sur le Protocole de
Kyoto, l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique a
estimé qu'en moyenne, 1500 Québécois meurent chaque année d'une maladie
causée par la pollution atmosphérique.
Egalement, des cas sévères d’intoxications par voie respiratoire au H2S, et même
des cas mortels, surviennent parfois chez certains travailleurs s’affairant autour
de préfosses à lisier. Des cas de décès multiples d’animaux se produisent aussi
suite à l’agitation de lisier dans des espaces contigus aux bâtiments d’élevage. (5)
Pour prévenir ou soigner les maladies et le stress et afin d’augmenter le
rendement en viande, on administre des antibiotiques aux cochons. Cette
pratique contribue chez les consommateurs de cette viande contaminée, à une
surconsommation d’antibiotiques qui peut les rendre résistants à ceux-ci.
Les truies sont traitées aux hormones et aux stéroïdes pour augmenter les portées
et stabiliser leurs cycles de fécondité. Certains scientifiques pointent du doigt,
non seulement des pesticides, herbicides, fongicides, fertilisants, couramment
utilisés en agriculture, mais également des hormones d'origine animale -
provenant des déchets agricoles qui se déversent dans les rivières- les
soupçonnant de féminiser des mâles, viriliser des femelles et réduire la fécondité
de diverses espèces de poissons, mollusques, grenouilles, etc. Ces produits
nuiraient aussi à leur développement, à leur immunité, et leur infligeraient des
tumeurs. On les soupçonne également d’avoir des effets sur la santé des
consommateurs, comme la raréfaction des spermatozoïdes ou la multiplication
des cancers du testicule, du sein et de la prostate.
Enfin, l’élevage industriel affame le Sud et engraisse le Nord. Une partie
croissante de la production céréalière mondiale sert à nourrir le bétail. La plupart
des pays pauvres sont forcés d’exporter leurs récoltes pour engraisser les animaux
des pays occidentaux. Les animaux consomment beaucoup plus de céréales que
les humains et dans de nombreuses régions du monde, la production de viande
nécessite l’utilisation de beaucoup plus d’eau que pour la production de la même
quantité de céréales ou de légumes. Les désastres écologiques de l'élevage
industriel dans le monde sont également une réalité: au Brésil par exemple, des
forêts entières sont déboisées pour y faire l’élevage d’animaux, dont la viande est
exportée dans les pays riches. Des tribus sont expulsées de leur terre ancestrale,
des espèces animales et végétales disparaissent à jamais et les sols, érodés et
défoliés deviennent inutilisables pour l’agriculture.
Refuser l'élevage industriel et la consommation de viande, c'est refuser de
participer à la pauvreté des pays du tiers monde, c'est se solidariser avec le Sud et
ses enfants affamés.
Devant l’immensité des destructions et des dégâts commis par l’industrie de la
viande, qui mettent en péril la propre survie de l’espèce humaine et qui ne sont
justifiés que par des intérêts productivistes, il est impératif que nous nous
remettions en question.
- Cependant, l’élevage bio, au niveau environnemental, ne représente une
solution valable que pour un très court terme. C’est un sparadrap qui va finir par
se décoller bien vite. L’élevage bio ne peut être qu’une solution transitoire vers
une agriculture végétale.
- Au niveau de la santé, on peut le comparer à une cigarette « légère ».
- Au niveau de l’éthique, on ne peut pas non plus critiquer d'une part le
manque d’humanité de l’élevage en cage pour d'autre part repousser et faire
soudainement abstraction de l’être sensible et intelligent quand on va le conduire
à la mort pour ne plus en faire qu’une chose, qu’un morceau de viande biologique
savoureux.
Il arrive un moment dans l'évolution d'une civilisation où l'homme doit accepter
de réviser certains de ses comportements. C'est ainsi qu'une société évolue et
progresse.
Il est temps pour cette société de s'arrêter et de faire une analyse sérieuse de ses
habitudes alimentaires et d'aboutir à une prise de conscience qui lui permettra
d'évoluer vers une alimentation à la fois plus respectueuse de l'environnement,
plus éthique et plus saine.