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LE CHASSEUR SERAIT-IL LE DERNIER DES VRAIS ÉCOLOS?

Marjolaine Jolicoeur - 2004

Luc Chartrand s'interroge dans l'Actualité (octobre 2003 ) sur le chasseur: "serait-il le dernier des vrais écolos"? Il y répond d'une manière particulièrement insignifiante en affirmant que oui les chasseurs sont "les derniers écologistes" et " qu'ils comptent parmi les plus grands protecteurs de l'environnement". Constatant la baisse dramatique - nous dirions plutôt réjouissante - du nombre des chasseurs, il s'en désole "puisque c'est la faune qui souffrira de leur disparition". Ce journaliste, lui-même chasseur, en rajoute en affirmant que "ce sont les chasseurs qui protègent les ravages de chevreuils" et que "l'écologiste et le chasseur sont souvent une seule et même personne". "On ne connaît vraiment les animaux sauvages qu'en les chassant", nous dit-il, un argument aussi absurde que de dire qu'on ne connaît vraiment les humains qu'en les tuant. "Le mouvement écologiste a été créé en grande partie par des chasseurs" et il cite des noms de chasseurs soi-disants écolos. Daniel Green de la "Société pour vaincre la pollution" et Louis-Paul Allard , de la "Fondation québécoise en environnement". Quand à Louis-Gilles Francoeur du Devoir, il fait son comique en déclarant "je suis écologiste parce que je suis chasseur".

Ces chasseurs ont peut-être consommé du cerf fou ou de la viande contaminée au plomb, réduisant ainsi les capacités de leur cerveau à réfléchir sur la portée réelle de leurs actes. La base de l'écologie est la non-violence. La base du sport de la chasse est la violence. Quelle hypocrisie que de vouloir protéger les animaux pour mieux les tuer plus tard. La seule raison pour laquelle Carnarge Ilimité - Canards Illimités - dépense au Québec près de 50 millions de dollars par année pour les milieux humides réside tout simplement dans un désir de chasser un nombre encore plus grand de canards. Lors d'un souper-bénéfice de l'organisme, comme par hasard, il y a toujours du canard au menu. Belle façon de protéger les canards.

Vivant en milieu rural depuis de nombreuses années, je vois parfaitement comment les chasseurs n'ont malheureusement pas la moindre conscience écologique. Ils tuent par plaisir, poussés par un machisme primaire, bien plus bêtes que les animaux qu'ils chassent. Les animaux chassés ne sont pas de la nourriture, mais des trophées à étaler. C'est qui aura le plus gros panache. Quand ils retrouvent les oiseaux abattus, les chasseurs les brandissent en les agitant triomphalement . Ils mettent bien en évidence les animaux tués par terre, se font photographiés avec eux . Ils promènent leurs bêtes ensanglantées sur le capot de leur voiture, par fierté morbide, le plus souvent pompettes, pour ne pas dire complètement saouls. Pour Randall Lockwood, psychologue spécialisé dans les relations entre les humains et les animaux : "quand on parle de la psychologie de la chasse, la notion de machisme surgit très rapidement" .

Les chasseurs de ma communauté m'en ont donné amplement la preuve tout comme leurs élucubrations sur Internet. Il y a quelque temps, un chasseur a eu l'idée idiote de mettre mon texte "De la chasse à l'amour" sur le forum d'un site consacré à la chasse. Ce texte est un appel pour abandonner la chasse, un plaidoyer en quelque sorte pour l'amour des animaux, le mot amour englobant évidemment un sens très large . Il fut par la suite recopié dans plusieurs sites de chasseurs. Je n'ai jamais répondu à aucun des courriels publiés. Pourtant, quel déluge d'insultes, de propos sexistes, homophobes, à connotations sexuelles, que de mépris de la part de ces chasseurs que certains osent nommer écologistes. Quelques exemples de cet humour cynégétique: "Je crois que forniquer avec ses chiens ne lui réussit pas du tout, elle devrait venir goûter à l'homme, cela lui remettrait les neurones à la bonne place de prendre une bonne secouée" - "Sa maladie l'a isolée dans son monde et elle essaie d'entraîner avec elle des gens faibles d'esprits" - "C'est une folle dangereuse, elle va se retrouver seule dans son petit monde et va péter un plomb, elle sera alors bonne à enfermer". - "Si elle veut vraiment faire du bien à l'humanité elle devrait aller se promener à poil en Afghanistan ou encore se promener avec la photo du Dalai-Lama en Chine". - "C'est une extrémiste antispéciste" - "Si elle commence à rassembler trop de personnes crédules , il sera temps de faire quelque chose contre elle , légalement bien sûr, car son attitude est très dangereuse". - "Elle désire l'élimination de tous les chasseurs mais aussi de la race humaine dans sa totalité".

Pour ces chasseurs, les hommes qui ne chassent pas "manquent de couilles" , ne sont pas des vrais mâles . Ils iront même à les traiter, insulte suprême pour eux, de "tapettes". Un chasseur prénommé Dugas me conseillait au lieu d'écrire contre la chasse : "va faire l'amour avec ton chum - un style Daniel Pinard - comme ça tu auras du plaisir sans déranger les autres".

De nombreux hommes - à commencer par mon compagnon, mon fils et plusieurs de mes amis - n'aiment pas la chasse ni les fusils. Marcel Duquette, ancien chasseur lui-même, dans son livre " Feu sur la chasse" démontre comment le vocabulaire sur la chasse est manipulateur : "Ainsi donc, le chasseur ne tue plus, il "prélève". Dans la même veine, le trappeur ne piège pas les bêtes à fourrure, il "fait de l'aménagement". On ne prend plus les lièvres au collet, on les "récolte" pendant que les pêcheurs, de leurs côtés, taquinent gentiment le poisson. Ce ne sont que quelque-uns des euphémismes qui jalonnent le discours des militants de la chasse. Un discours farci de faux-fuyants, de détours, de contradictions, même dans les termes: trappage humanitaire, chasse écologique... Il a atteint une grande partie de son objectif . Il est devenu commun chez les chasseurs et ceux qui, de près ou de loin, tirent profit de la chasse, en plus d'être repris par le public qui adopte inconsciemment ce vocabulaire dans les conversations courantes, ignorant son caractère endoctrinant."

Pour Alain Perret du groupe français "Exclus Sauvages", les chasseurs sont loin d'être des écolos, plutôt des tueurs en série: "Nous sommes tous des animaux. Les chasseurs sont des bêtes sanguinaires que l'on devrait capturer, enfermer, voir soigner pour les empêcher de nuire (...) La chasse est révélateur de l'extraordinaire injustice des hommes. C'est flagrant et écoeurant. On peut faire confiance au chasseur pour imaginer les pires inventions technologiques, les pires malhonnêtetés, la plus grande mauvaise foi, pour satisfaire ses pulsions de serial-killer. Son plaisir est de tromper, traquer, piéger, épuiser, humilier, torturer, pour flatter sa vanité de matamort maniaque! . L'être humain n'est pas le roi de la création. Ce n'est qu'un animal qui a souvent mal tourné et qui se prend pour le roi face à ses sujets. La vanité l'aveugle au point de décider du sort des autres animaux . Nous ne sommes pas les propriétaires de la terre. Ce n'est pas notre domaine. C'est celui dans lequel nous évoluons (avec maladresse ) en même temps que les autres êtres vivants qui tentent d'y survivre. C'est une imposture que de vouloir mettre l'être humain au dessus des autres animaux. C'est le coeur du problème".

Pour assurer la relève, des associations de chasseurs donnent des cours d'initiation à la chasse à des jeunes de l2 à 14 ans. Le gouvernement a même créé pour ces jeunes une "journée de la relève", leur permettant de chasser avant l'ouverture officielle de la saison. Le puissant lobby de la chasse à ses entrées au gouvernement, tout comme dans les médias où s'exercent une véritable censure quand les opposant/es à la chasse veulent s'exprimer. Élever la voix pour dénoncer cette activité meurtrière et vous voilà presque taxer d'appartenir à une secte cherchant à détruire l'espèce humaine. Pourquoi l'amour des animaux nous enlèverait-il la capacité d'aimer aussi les humains? La seule bonne nouvelle dans cette valorisation médiatique de la chasse, c'est qu'elle n'est guère populaire auprès des jeunes . Le chasseur est une espèce en voie de disparition. Personne pour s'en plaindre , surtout pas les chevreuils , les orignaux, les ours , les perdrix, les canards et autres proies innocentes des chasseurs. Ils auront enfin la sainte paix , débarrassés à jamais de ces tueurs ornés d'une auréole environnementaliste , laquelle camoufle plutôt leur besoin maladif de tuer. Un nombre grandissant de jeunes - et de moins jeunes - deviennent végétarien/nes par compassion envers les animaux et la planète, refusant la chasse car y voyant là un sport archaïque et cruel. Ce sont eux les vrais écologistes. N'en déplaise à la mauvaise foi chronique de tous les Luc Chartrand de la terre.