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UN CHASSEUR REPENTI

Une entrevue de l’auteur MARCEL DUQUETTE
(Feu sur la chasse, Editions Michel Quintin)
donnée il y a quelques années sur les ondes d’une radio de Montréal.

ON DIT QUE VOUS ÊTES UN CHASSEUR REPENTI MAIS QUE VOUS AVEZ PRATIQUÉ CETTE ACTIVITÉ LONGTEMPS ?

En effet, j’ai pratiqué la chasse pendant des années. Fils de paysans, élevé près des forêts, c’était pour moi normal. Dès l’âge de 10 ans, je parcourais la forêt de notre ferme, collets en poche et carabine 22 à la main. J’ai continué ainsi pendant des années.

POURQUOI CE SOUDAIN REVIREMENT?

Ce revirement n’est pas venu soudainement. J’ai pris conscience peu à peu des méfaits que je faisais à la faune et de ceux que les autres chasseurs faisaient également ainsi que de la cruauté que cette activité infligeait aux animaux.

ÊTES-VOUS TOTALEMENT CONTRE LA CHASSE?

En effet, la chasse est une manifestation de violence de plus dans la tyrannie que l’on impose aux animaux. Le pire est que n’importe qui peut s’adonner à cette activité. Autant la personne dit émotionnellement équilibrée que les autres.

QUE VOULEZ-VOUS DIRE PAR LES AUTRES?

Je veux dire les gens frustrés de tout acabit, pour eux mettre la main sur une arme à feu leur donne un sentiment de puissance. Ces personnes vont en forêt vider leur trop-plein d’agressivité. Ils sont dévastateurs pour la faune et dangereux pour les autres chasseurs. Ils tirent sur tout ce qui bouge.

CETTE ACTIVITÉ N’EST DONC PÀS À VOS YEUX UN CHALLENGE?

Un challenge présuppose une lutte entre des antagonistes de force à peu près égale. Ce n’est pas le cas à la chasse. Le chasseur se place à l’affût et tire sur des bêtes sans défense. Pire, en imitant leurs appels, ils les attirent! … l’animal n’a pas de chance. D’autre part, les armes sont de plus en plus sophistiquées et puissantes.

L’ASPECT ÉCONOMIQUE EST TOUT DE MÊME IMPORTANT, NOUS PARLONS DE MILLIONS…

Le gouvernement et les associations de chasseurs et de pêcheurs se donnent bonne conscience en brandissant bien haut les aspects économiques. Cela semble vrai au premier abord, mais on fait rarement le décompte des dépenses. Quand on y regarde de plus près, c’est moins évident. Il y a des coûts sociaux que l’on ignore trop facilement: par exemple, pollution de l’environnement, vandalisme, enseignes détruites, panneaux routiers criblés de plomb, clôture brisées, bétail abattu, cabanes à sucre défoncées, destruction du patrimoine, chasseurs blessés, chaque année des morts sont déplorées, le coût du personnel fonctionnaire, biologistes, garde-chasse, etc… etc… Si on soustrayait les millions que cela coûte aux contribuables payeurs de taxes et non-chasseurs, aux millions que cette activité génère, cela donnerait un bilan peu reluisant.

ÊTES-VOUS À NOUS DIRE QUE CE QUE LES CHRONIQUEURS DE CHASSE ET PÊCHE DISENT EST FAUX À CE SUJET?

Excusez les termes, mais la plupart des chroniqueurs tiennent des discours de vendeurs de minounes usagées. Faut les comprendre, ils doivent vendre leurs émissions de radio, de TV et leurs magazines chasse et pêche. C’est une question de gros sous. Quelques exemples pour vous démontrer comment leurs discours sont biaisés. Ils ne disent pas: on tue les gibiers, mais ils le récoltent. Ils ne prennent pas au piège les animaux à fourrure, ils font de l’aménagement. Quand ils parlent de gibier à abattre, ils ne parlent pas d’êtres sensibles, vivants et capables de souffrances, ils parlent d’une ressource à exploiter. Même le mot garde-chasse a été rayé du vocabulaire pour être remplacé par agent de la conservation. Ça c’est la cerise sur le gâteau.

EST-CE QUE JE VOUS INTERPRÈTE BIEN SI JE PENSE QUE VOUS EN VOULEZ AUX CHASSEURS ET AUTRES EXPLOITEURS DE LA FAUNE?

Vous vous trompez, je n’en veux pas aux chasseurs, aux trappeurs, ni à aucun autre groupe. S’en prendre à un groupe particulier serait faire fausse route. Il faut décrier bien sûr les erreurs et les horreurs. Ils faut surtout travailler à changer les mentalités!… car tout est dans les mentalités.

Tant que l’homme continuera de croire que sa supériorité lui donne le droit d’exploiter les plus faibles, les animaux, et de les traiter comme des objets de consommation, de les tuer sauvagement pour s’en nourrir, pour ses divertissements, pour ses recherches ou tout simplement pour le gain, ces choses continueront. Supposons comme hypothèse qu’un autre échelon au-dessous de nous existait sur la terre, régnerait sur nous autrement dit, et nous utiliserait de cette même façon en se basant sur le même principe, qu’en dirions-nous? Faut toujours pour mieux comprendre, se mettre dans la peau de l’autre.

EN ATTENDANT, POURQUOI CHASSE-T-ON SELON VOUS?

Votre question soulève plusieurs interrogations. Parce qu’ils aiment manger de la viande? le super-marché est là… ( encore là la viande c'est discutable ) Parce que c’est une viande économique? non, elle coûte environ 5 à 7 fois plus cher que la viande achetée chez le boucher… Pour l’excuse de la bonne marche en forêt? alors pourquoi s’armer? Pour être avec des copains et prendre un coup? … la taverne est là… Pour gérer la faune comme disent les chroniqueurs et les associations de chasseurs et même le M.L.C.P…? ça, ce n’est pas sérieux!…

ÊTES-VOUS OPTIMISTE FACE À TANT D’ARROGANCE ET DE VIOLENCE DE LA PART DES HOMMES?

Je le suis, il faut regarder l’histoire pour le devenir. Rappelez-vous il y a deux siècles passés, on croyait que la femme n’avait pas d’âme et n’était pas intelligente. Il y a à peine 100 ans, on a aboli l’esclavage aux Etats-Unis. Il y a 20 ans, 10 ans même, quand on parlait de pollution, il semblait que l’on parlait dans le vide! Voyez aujourd’hui la prise de conscience. Dans les années 60, pour être chic, il fallait être fumeur. Je n’ai pas à vous décrire le revirement de cette situation.

Nous sommes à un carrefour de l’histoire, l’exploitation éhontée du monde animal est de plus en plus remise en question. Plus l’homme s’éduque, plus il connaît le monde animal et plus la distance qui nous sépare rétrécit. Il en va de même pour la protection de l’environnement. L’homme commence à réaliser qu’il fait partie d’un écosystème complexe et, que pour sa propre survie, il doit changer ses habitudes.

La chasse est une autre forme de pollution, elle est appelée à disparaître. Que ceux qui la pratiquent soient sur la défensive, c’est tout à fait normal. Il faut les comprendre. De toute manière, on n’arrête pas l’évolution et cela ils le savent.