Chasse en enclos
La chasse domestique aux animaux exotiques en est une dont la popularité se répand comme une traînée de poudre. Plus besoin d'aller les abattre chez eux, il suffit de se rendre à une des nombreuses fermes spécialisées qui en importent et en élèvent pour satisfaire le chasseur en quête de diversité, d’émotions nouvelles, de trophées, de prestige et de moindre effort avec un succès garanti. Au Québec, ces établissements ne sont pas assujettis à aucun autre règlement que l’obligation de détenir un permis de garde d’animaux sauvages en captivité.
L’amateur - fortuné car il en coûte cher - peut y tuer à loisir et en tout temps de l’année des sangliers, bisons, wapitis, mouflons, cerfs japonais, chevreuils rouges, cerfs sikas, lamas, pécaris, dindons sauvages, faisans et grands félins, ces derniers dégriffés et canines enlevées par mesure de précaution. On lui fournit l’arme de son choix : carabine, fusil, mousquet, arbalète, arc ou même une lance!
Le client doit choisir et payer au préalable la bête convoitée, après quoi l’élue est transportée pour être relâchée dans un terrain boisé solidement clôturé, d´où elle ne pourra pas s’échapper. Au Québec, la proie favorite demeure le sanglier. On en trouve plusieurs élevages aux abords de Montréal, dont certains sont destinés à la chasse. Issus d’un croisement de sanglier dilué et de truies domestiques, ces sangliers n´ont de la véritable bête que le nom. Mais, sanglier ou autre, dilué ou pas, un animal élevé en captivité n’est plus un animal sauvage. À demi domestiquées, les bêtes chassées en enclos ne craignent pas l’Homme. Pour une touche d’authenticité, on les effarouche donc ou on lance des chiens à leurs trousses.
Payer pour la similisensation forte de tuer des bêtes similisauvages dans un similiforêt n’a rien du défi, de l’évasion dans la nature ni de ce que les chasseurs invoquent habituellement comme principales motivations. HEIN!
Pourtant la formule fait rage, au point de se propager à un rythme ahurissant à travers le monde. Les entreprises du Québec sont encore bien modestes en comparaison des gigantesques " game ranches " américains dont l’inventaire peut parfois compter des milliers de bêtes d’une grande quantité d’espèces; indigènes, exotiques ou les deux, à poils ou à plumes. Certaines peuvent se procurer «n’importe quoi sur commande». D’autres permettent au client de pousser la paresse jusqu’à se laisser conduire dans un véhicule équipé de fauteuils rembourrés, d’où il n'aura même pas à s’extraire pour abattre son trophée. On stationne près de l’endroit où les bêtes sont habituellement nourries et, lorsqu’elles s´en approchent pour recevoir leur pitance, BANG! Aucune aptitude n’est requise. Dans un ranch du Texas, un homme a ainsi tiré deux coups sur une antilope attirée par des épis de maïs, perforant d’abord les intestins, blessant ensuite une patte. Le guide a dû achever l'animal pour mettre fin à son martyre.
La chasse en conserve prend aussi la forme d´évènements spéciaux. Depuis près de soixante ans, à la Fête du Travail se déroule à Hegins, en Pennsylvanie, un festival de tir au pigeon, véritable orgie ou l’hystérie des chasseurs - qui paient des centaines de dollars pour y participer - n’a d’égale que l’ampleur de l’hécatombe qui s’ensuit. Malgré les pressions des mouvements humanitaires, l’État continue d’autoriser cette tuerie. Des milliers et des milliers de pigeons sont massacrés chaque année.
Au signal du chasseur caché derrière sa barricade, un préposé actionne un mécanisme qui propulse l’oiseau dans les airs. Les volatiles sont ainsi relâchés un après un de leur cage. Fortement secoués, certains retombent abasourdis au sol; ceux qui réussissent à prendre leur envol servent de cibles et se font canarder au passage. Une vidéo tournée à l’insu des organisateurs démontre qu’au moins 28 à 30 p.100 des pigeons ne sont que blessés. Des adolescents courent les récupérer pour les achever en leur tordant le cou, ou en leur arrachant la tête.
Selon la Humane Society of the United States ( HSUS ): dépouillée des prétextes de «poursuite équitable» ou de «plaisir au grand air», la chasse en enclos se réduit à l’élément essentiel de la chasse sportive: TUER POUR LE PLAISIR.
Source:
Feu sur la chasse, Marcel Duquette
Éditions Michel Quintin
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