Réflexions sur la majorité normale
Laura Moretti - L'auteure est photographe et militante pour les droits des animaux. A fondé le magazine américain Animal's Voice.
Le nombre d’animaux élevés, transportés aux abattoirs et abattus pour l’alimentation américaine a augmenté d’un autre milliard l’année dernière. Aujourd’hui, les États-Unis tuent chaque minute plus de 14 000 animaux qui vivent, respirent, raisonnent, pensent et éprouvent des émotions. Plus d’un million à l’heure, 24 millions par jour. Ces animaux sont confinés dans de minuscules espaces, privés de liberté, drogués, décornés, débecqués, castrés, marqués et inséminés artificiellement. Ils reçoivent des chocs électriques, ils sont secoués, tassés, meurtris et bousculés, et on leur crie après pour les entasser dans des camions et des trains où ils resteront durant de longues heures et parfois même des jours, sans nourriture, ni eau, ni repos. À leur arrivée à l’abattoir, ils sont terrorisés par l’odeur âcre du sang en putréfaction et par le bruit des autres animaux hurlants, en vain, à l’agonie. Ils sont ensuite électrocutés, abattus par balle (parfois même bouillis vivants) et poignardés à mort à un rythme de 275 êtres sensibles, amoureux de la vie, pris de panique et redoutant la mort, à la seconde.
Gandhi a dit un jour...
que l’arme la plus violente sur terre était la fourchette.
Dix milliards d’animaux vivant sur terre. Peut-être le double vivant dans la mer. Tout ça pour de la nourriture. Oubliez les millions d’autres bêtes utilisées pour les vêtements, la science, le divertissement et les sports. Vingt milliards d’animaux destinés à être mangés et évacués dans les égouts. Chacun de ces animaux est unique. Chacun d’eux, comme le disait Plutarque, est privé « du soleil et de la lumière, ainsi que de sa part d’existence et de temps de vie à laquelle il a droit en venant au monde. »
C’est aussi vrai pour le veau de quelques jours, que sa mère m’a permis de photographier pendant qu’elle le toilettait un beau matin de printemps. Cette photo reproduisant l’amour de la mère pour son petit et la confiance du petit en elle a littéralement fait le tour du monde. Curieux, le veau s’était approché de moi, venant à la clôture pour m’examiner. Elle est venue aussi, comme elle le faisait à mon retour de l’école pour me saluer à ma sortie de l’autobus. Elle aimait se faire gratter le dos vigoureusement et j’attendais toujours ce moment avec impatience. Ce jour-là, elle est venue accompagnée de son veau.
Je n’habitais pas très loin, juste un peu plus bas dans la rue. C’est pourquoi, j’ai entendu le vacarme causé par les bouchers venus enlever son petit. Je suis arrivée à la ferme au moment où le camion partait. Je me suis assise dans l’herbe humide devant les fils barbelés de l’enclos pendant qu’elle poursuivait désespérément le camion aussi loin que la clôture le lui permit. J’ai pleuré pendant qu’elle l’appelait plaintivement. Elle ne l’a pas appelé pendant des minutes ou des heures, mais des jours durant. Chaque nuit, aussi. Je l’entendais, étendue dans mon lit, au cours de ces longues nuits empreintes de douleur, une fenêtre ouverte laissant passer les rayons de lune. Je ne pouvais pas ignorer sa souffrance, au risque d’être damnée.
Aujourd’hui, je peux encore l’entendre, ainsi que les milliards d’autres comme elle. Leurs pleurs sont assourdissants.
Je déteste l’ignorance, l’apathie, la cruauté et l’indifférence de la majorité normale. Je remercie Dieu pour la présence des extrémistes indignés. Je m’agenouille et remercie Dieu.
Traduit de l'anglais par Justine Vanderheyden-Kind Translators|Traducteurs pour le traitement éthique des animaux - AHIMSA
LA SOUFFRANCE DES CAROTTES
(L'auteur est de France et parle ici du salon bio Naturally)
Après la visite de quelques salons bio, on retrouve toujours plus ou moins les mêmes produits, mais c'est toujours intéressant car cela permet de suivre l'évolution de l'offre et également d'essayer ce que l'on ne connaît pas encore ou mal. Un triste constat : peu de commerçants bio ont l'air d'être végé.
Je dis cela par rapport aux "idées recettes" qu'un grand nombre me citaient pour accompagner leurs préparations : "cela s'accommode très bien avec une viande, un poisson...". Envie de vendre à un grand nombre ou omnivorisme personnel, aucun commerçant ne s'est démarqué par une éthique V (Végétarienne/Végétalienne) particulière, et c'est bien dommage... Alors que je demandais à un producteur confirmation que sa sauce bolognaise, au vu de l'étiquette de composition, ne contenait aucune viande, il me répondit "non, vous pouvez ajouter un steack haché...". Je le repris par "Non, non, des protéines de soja". Il me répondit qu'il y avait peu de végétariens, et je lui confirmais "oui, hélas". C'est là qu'il me confessa : "je mange de la viande". "C'est bien dommage", lui dis-je. Il poursuivit, comme pour se défendre: "Je produis ma propre viande, j'assume parfaitement ce que je fais". Je lui demanda alors : "Et les animaux que vous mettez à mort, vos victimes, elles assument aussi bien que vous quand elles sentent la mort arriver sans pouvoir y échapper ?" D'un air un peu gêné, il me dit que de toutes façons, la nature est ainsi faite. Je répliquai : "Pensez-vous que l'être humain, qui dispose de formidables capacités d'empathie et de compassion, peut se targuer de prendre toutes les vies qu'il veut, d'appliquer la loi du plus fort au mépris de ce qu'il trouve lui-même le plus précieux : la vie ? Un lion ou un chacal n'a pas d'autre choix que de se nourrir de viande, l'être humain, oui, mille fois oui" Et là, il dériva sur les plantes...
Ah ! Le cri de la carotte ! Ce merveilleux alibi qui permet à l'Homme de maltraiter et mettre à mort toutes les espèces qui possèdent un système nerveux et cela en toute bonne conscience... ou presque!
Approfondissons une des thèses préférées de l'omnivorisme : tout comme on a découvert il n'y pas si longtemps [!] que les animaux peuvent souffrir [il serait donc temps d'en tenir compte !], on trouvera peut être aussi un jour que les plantes souffrent, et donc, nous autres, pauvres humains, n'avons vraiment pas d'autres choix que de participer en quelque sorte à la chaîne alimentaire : nous voilà bien dépourvus de libre-arbitre [un comble pour l'espèce soit-disant la plus intelligente...].
Trop facile comme fin, j'ai donné l'estocade :
1- les plantes sont les producteurs primaires, et donc à ce titre, elles seront toujours indispensables et vitales aux animaux (inclus les humains) pour fournir la matière organique à partir de la photosynthèse. Les produits animaux ne sont pas vitaux, les végétaux, si.
2- Si vraiment on veut éviter que les plantes ne souffrent, alors il vaut mieux les manger nous-mêmes que d'engraisser des animaux d'élevage qui en mangent beaucoup plus et donc accroissent la quantité de souffrance (potentiellement) ressentie.
3- je ne pense pas que les plantes puissent souffrir, du moins dans le sens de la souffrance animale, cette souffrance répulsive qui fait horreur au corps et à la conscience et dont la peur est le signal pour nous en éloigner ou pour la combattre. En effet, il y a une différence fondamentale entre les végétaux et les animaux. Mettez une graine sur de la terre, avec un peu d'eau, de la lumière et la graine vivra et s'épanouira. Mettez un animal sur de la terre, vous voyez une différence ? Le fait que l'animal ne soit pas autotrophe lui a fait se développer un système nerveux complexe qui lui confère, entre autres, une sensibilité à la douleur pour préserver au maximum son intégrité physique et donc sa vie. Une plante n'a donc aucun besoin de système nerveux car il est inutile qu'elle ressente la douleur : son environnement lui donne sans effort tout ce dont elle a besoin pour faire vivre l'espèce. Et on peut dire heureusement, car s'il en était autrement, après des millions d'années de mastication par la horde des herbivores, les végétaux auraient eu toutes les raisons d'inventer la mitraillette pour se protéger de si grandes et insupportables souffrances.
Les animaux ont eux la capacité de se cacher, de s'enfuir, de donner des coups de dents, de sabots ou de cornes mais toutes ces mesures sont bien inefficaces face au plus cruel et implacable des parasites de la création : l'homme. Ce dernier a bel et bien inventé la mitraillette et autres technologies, mais beaucoup moins pour se protéger que pour asservir... Le commerçant était tout rouge et paraissait bien gêné... ce devait être le manque d'arguments ... Je lui ai quand même acheté un pot de sauce tomate "bolognaise", on s'est quitté avec le sourire
Maxence - http://www.veganworld.net