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LE GROUPE SANGUIN ORIENTE-T-IL L'ALIMENTATION?
Walter Steinrüch
En France et en Belgique, le végétalisme a fait l'objet d'une enquête que j'entrepris personnellement en 1996. Le régime, très particulier de certains participants m'incita à prendre de leurs nouvelles, peu avant la publication des résultats de mon enquête, fin 2001. L'un d'entre eux, dont le témoignage était pourtant un chaud plaidoyer en faveur du végétalisme, me fit alors part de gros problèmes de santé qui l'avaient contraint à renoncer à son régime alimentaire personnel, chose qui ne m'étonna nullement en raison de son caractère déminéralisant car très acidifiant (frugivore céréalien) et carencé en lysine. Mais, plutôt que de rectifier de telles erreurs pour pratiquer un végétarisme (ou végétalisme) équilibré, cet homme de 40 ans était redevenu omnivore car il attribuait son échec à une incompatibilité entre un régime végétarien et le groupe sanguin O qui était le sien, "explication" dont l'avait convaincu son médecin. En ce qui me concerne, je n'ai pas dû chercher loin pour constater que cette théorie est pour le moins fantaisiste, puisque je n'ai jamais aimé la viande alors que, selon le promoteur de la méthode, Peter D'Adamo, mon groupe sanguin est celui du type "chasseur" (0) ce qui indiquerait un besoin de viande génétiquement adaptée aux personnes de ce groupe. Or, si tel était le cas, mon organisme aurait dû ressentir instinctivement une certaine attraction pour la nourriture carnée et les bienfaits qui en auraient résulté rendant superflue la menace de la fessée paternelle pour me forcer à ingurgiter la viande lorsque j'étais enfant. Tandis qu'à l'opposé, ma soeur (ayant reçu la même éducation omnivore que moi) a toujours aimé la viande malgré son groupe sanguin de type "cultivateur" (A) qui correspondrait à un génome humain du végétarien!

Ma soeur et moi serions-nous des exceptions "confirmant la règle"? Afin de vérifier cette hypothèse, j'ai interrogé les végétariens de mon entourage ainsi que les végétaliens de longue date qui ont participé à mon enquête. La synthèse de cette recherche permet de conclure objectivement que la tendance alimentaire végétarienne ou carnée est indépendante de l'appartenance au groupe sanguin A ou O. Elle apporte en outre la preuve qu'aucun groupe sanguin, ni A, ni AB, ni O, n'est incompatible avec le végétalisme pratiqué à long terme avec succès. Dans cette enquête, 8 personnes étaient du groupe O - 9 personnes du groupe A et une personne du groupe AB. Le groupe sanguin B étant plus rare en France , il est normal qu'il n'apparaisse pas dans ce petit échantillon de 18 personnes Un végétalien du groupe O, suite à l' adoption de son alimentation sans produits animaux, a expérimenté la guérison de son cancer du foie sans médicaments. Idem pour un végétarien du groupe A, qui souffrait lui d'un cancer de l'estomac. J'ai également interrogé le docteur André Passebecq à ce sujet. L'enseignement de ce célèbre naturopathe français constitue une synthèse de tous les facteurs naturels de santé, non seulement nutritionnels, mais aussi morphopsychologiques dont l'étude des groupes sanguins fait partie. Il a d'ailleurs publié un livret résumant les travaux de Léone Bourdel et Jacques Genevay .
Après 45 ans d'expérience professionnelle en psychosomatique naturelle, le docteur Passebecq conclut que le modèle type d'alimentation équilibrée de l'être humain ne diffère pas selon le groupe sanguin individuel, ce qui laisse supposer une vaste fumisterie commerciale derrière la méthode de Peter D'Adamo. Avec une collection de 8 livres écrits autour d'une seule théorie par le même auteur, publiés en anglais et en français pour être vendus dans le monde entier (au prix de cent onze euros pour les huit volumes!) , s'il ne s'agit pas de l'exploitation d'un nouveau créneau commercial, reconnaissons au moins que c'est bien imité.
J'ai eu l'occasion de m'entretenir avec deux adeptes belges de cette nouvelle religion diététique. Selon eux, ni la bonne santé de ceux qui pratiquent un régime contraire à la méthode, ni l'aversion ou l'attraction instinctive pour l'un ou l'autre type d'aliment ne sont des éléments valables pour juger de la valeur de cet enseignement. Si, par exemple, un homme de groupe sanguin O, végétarien de naissance, jouit toujours d'une bonne santé à l'âge de 80 ans, "cela n'empêche qu'il serait encore en meilleure santé s'il consommait de la viande", croient-ils, ignorant les nombreuses études scientifiques qui ont établi depuis longtemps une corrélation entre de multiples pathologies (maladies cardio-vasculaires, cancer, diabète, ostéoporose, rhumatisme, etc) et la consommation de produits d'origine animale (concentrés en graisses saturées, cholestérol, acide urique, hormones indésirables, etc. ) En réponse à cette objection de ma part, mes interlocuteurs m'ont alors cité le cas de plusieurs personnes dont l'état de santé s'est amélioré après avoir abandonné le végétarisme pour suivre la méthode des "groupes sanguins". Mais, sans mettre en doute leur bonne foi, peut-on déduire objectivement de ces observations un lien quelconque avec les groupes sanguins? Une telle déduction est-elle correcte sur le plan scientifique? Lorsqu'on prend connaissance des éléments de réflexion suivants, on comprend comment le marketing peut en tirer parti à des fin commerciales, par une méthode relevant plus de la prestidigitation intellectuelle que de véritable science.
- Les personnes qui abandonnent leur ancien régime sont précisément celles qui n'y ont pas trouvé satisfaction, ce qui peut révéler un déséquilibre alimentaire, mais limité à leur cas particulier, et dont l'origine ne doit pas être attribuée à priori à un manque de chair animale, car les causes peuvent en être multiples: excès ou carences dus à une pratique incorrecte du végétarisme (repas mal équilibrés), frustration mal compensée par l'abus d'autres aliments déconseillés du point de vue diététique (produits laitiers fréquemment en cause, parfois aussi sucreries, biscuits contenant graisses "trans" et benzopyrènes, etc.) Ceci met en évidence l'imperfection de certains régimes individuels ne pouvant être généralisée à l'ensemble d'une philosophie alimentaire et totalement indépendante d'une quelconque question de groupes sanguins. - Le changement de régime, quel qu'il soit, apporte toujours une amélioration (souvent transitoire) aux problèmes de santé d'origine alimentaire. Ce phénomène, connu en naturopathie, est expliqué en ces termes par le naturopathe français Jean Huntziger: "Pour tous les débutants qui pensent, honnêtement, aux miracles: TOUT changement est salutaire à l'organisme.
Que l'on passe du classique au végétarisme, à la macro, au régime fruitarien ou à la monodiète de frites, au début, l'état de santé s'améliore. Pour une raison évidente: ce sont les erreurs quotidiennes, petites peut-être mais répétées, qui sont à l'origine des troubles de santé. Ce n'est donc pas le nouveau régime, quel qu'il soit, qui est la cause du mieux-être, mais l'abandon de l'ancien. Accepter cette façon de voir les choses éviterait déjà les guerres de religion diététique. D'ailleurs, le jeûne confirme cela d'une façon éclatante. La santé s'améliore sans ingérer quoi que ce soit! Le changement alimentaire et l'abandon des anciennes erreurs qui, au fil des années, ont progressivement mené à la toxémie, permettent d'expliquer la guérison de nombreux malades. Mais après une période d'adaptation plus ou moins longue apparaissent souvent d'autres symptômes, d'autres troubles de santé correspondant aux imperfections du nouveau régime adopté". Ceci explique le succès que connaissent à leur début tous les nouveaux régimes, suite à certaines guérisons plus ou moins spectaculaires, mais souvent momentanées. Peu d'entre eux résistent à l'épreuve du temps dont la durée dépend aussi pour une large part, il faut bien le reconnaître, des moyens de propagande publicitaire mis en oeuvre pour conditionner le public. Le végétarisme, quant à lui, est multimillénaire: on en parle dans les livre sacrés de l'Inde ancienne tout comme dans la Bible. Il ne bénéficie généralement d'aucune publicité (au contraire) car, sur le plan commercial, il offre moins d'intérêt direct que l'alimentation omnivore, étant plus économique et opposé au gaspillage de la société dite "de consommation". Enfin, je ne peux terminer sans souligner le manque de sérieux et de rigueur scientifique de Peter D'Adamo lorsqu'il professe que les différents groupes sanguins correspondraient à l'adaptation génétique de l'organisme à des changements alimentaires relativement récents (selon lui ,la fin de l'ère glaciaire au cours de laquelle l'homme des cavernes n'aurait pu subsister sans viande remontrait à 10,000 ans et l'introduction progressive de produits laitiers dans l'alimentation ne remontrait qu'à environ 8,000 ans..)
Qu'en est-il en réalité?
Stabilisées par l'épreuve du temps et de la sélection naturelle, les mutations génétiques des êtres vivants, dont la charpente est constituée de protéines, sont le résultat de millions d'années d'évolution. Le patrimoine génétique de l'être humain contient les informations nécessaires à la synthèse d'au moins 10 000 protéines différentes (Certains auteurs avancent le nombre de 100 000). Or, pour obtenir une mutation naturelle de seulement 1% du gène correspondant à une seule protéine, il faut compter:
1,1 million d'années pour la fibrinopeptide; 5,8 millions d'années pour l'hémoglobine; 200 millions d'années pour le cytochrome; jusqu'à 1 milliard d'années pour l'histone IV; etc. C'est ainsi que les mollécules de Maillard et autres S.C.N. (substances chimiques nouvelles) formées par la cuisson sont toujours cancérigènes pour l'homme, car génétiquement inadaptées à son organisme, même si celui-ci croit s'être habitué aux aliments cuits depuis la domestication du feu qui remonterait, selon les estimations les plus récentes, à 400 000 !...
Sources:
Groupe sanguin, clé de votre caractère", Bernard Montain, Editions Nouvelles Presses Internationales
Groupes sanguins et personnalité, Alix Michelet, Editions vie & Action , l977
Sangs et tempéraments, Léone Bourdel et Jacques Genevay, Editions Fayard, 1960
Végétalisme, Walter Steinrüch, 1996
Se nourrir sans faire souffrir, John Robbins, Ed. Stanké, 1990
Pandora Info, Jean Huntziger
L'évolution des protéines, G. Hervé, Editions Masson, 1983