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Le Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE) a reçu le mandat de tenir une consultation publique sur le développement durable de la production porcine au Québec . Les organismes et individus du Québec étaient conviés à soumettre des mémoires exposant leurs positions sur les différents aspects touchant la production porcine au Québec.

Voici le Mémoire que le Comité d'Ahimsa a soumis au BAPE.

Déposé par le Comité d'Ahimsa

A.H.I.M.S.A

MAI 2003

Adressé à :Madame Anne-Marie Gaulin, coordonnatrice
Secrétariat de la Commission sur le Développement
Durable de la Production Porcine au Québec
575, rue Saint-Amable, bureau 2.10
Québec (Québec) G1R 6A6

Vous pouvez aussi télécharger le document (en version intégrale) au format PDF
.


NOTE: Les photos qui figurent dans le présent texte ont été ajoutées pour le site; les photos que comportaient le document original remis au BAPE figurent à l'annexe III
Pour le Bureau d’Audience Publique sur l’Environnement

EXPOSÉ SUR L’INTELLIGENCE DES COCHONS


LES COCHONS… « CERVEAUX DE LA FERME »


Après les primates, les cochons sont les animaux les plus intelligents. Propres de nature, ce sont des animaux sensibles et sociables, qui forment des liens très étroits avec leurs congénères. Ils aiment explorer leur environnement et recevoir de l’attention. Très créatifs, enjoués et curieux, ils exploitent rapidement une opportunité et ils utilisent toute une panoplie de sons variés et développés pour communiquer et se faire comprendre. Chaque cochon possède sa personnalité bien à lui. Ce sont des animaux qui apprennent très rapidement et qui peuvent se souvenir d’une « leçon » pendant plus de trois années – si on leur laisse atteindre cet âge.

On croit à tort que le degré d'intelligence chez les animaux dits « inférieurs », se limite à leurs besoins primaires et que le fonctionnement de leur système nerveux central ne semble pas dépasser le stade de l'instinct. Pourtant, les animaux ne font pas partie d'une classe unique, ils sont caractérisés par les mêmes paramètres du « vivant ». C’est dans cette optique que nous proposons d’examiner en quoi les connaissances éthologiques actuelles interrogent et renouvellent les représentations que nous nous donnions autrefois des animaux.

Pour marquer le renouveau d'intérêt pour des problèmes comme ceux de la souffrance ou de la conscience animale, ce dernier thème ayant longtemps été exclu de l'approche scientifique du comportement animal, des chercheurs faisant partie de centres spécialisés des plus avancés dans le domaine de la recherche sur le comportement animal, le professeur Stanley Curtis de l’Université de l’État de Pennsylvanie ainsi que le docteur Julie Morrow-Tesch, ont évalué les capacités cognitives des cochons en leur faisant passer des tests adaptés, normalement utilisés pour déterminer le quotient intellectuel des enfants. Ils ont appris à ces animaux comment jouer avec des ordinateurs et comment s’en servir pour améliorer leurs conditions de vie à l’intérieur de leur enclos : fréquence de leur nourriture, chaleur, confort, etc. Ces chercheurs ont étudié les perceptions que les cochons élaborent à partir de stimuli, formes et objets de leur environnement, leurs modes d’interactions et de communications, leurs affinités et leurs modalités d’investissements, ainsi que les images qu’ils élaborent de leurs congénères et d’eux-mêmes. Ils ont aussi étudié chez ces animaux, leurs signes de communication, de créativité et d'anticipation. Ces chercheurs, ainsi que d’autres chercheurs qui se sont aussi intéressés à l’intelligence des cochons, comme les docteurs Mike Mendl, Suzanne Heldet et leurs collègues du centre de recherche de l’Université Bristol en Angleterre, sont tous d’accord pour conclure que le comportement des cochons, dans bien des rapports, est similaire à celui des êtres humains ou à celui d’autres primates, et que ce sont des animaux intelligents, qui apprennent très rapidement et qui démontrent une habileté à résoudre des problèmes, et ce, beaucoup plus facilement que les plus « intelligents » des singes. Les résultats de ces recherches scientifiques sont assez troublants au niveau de l'éthique et il est indéniable que de tels résultats doivent tenir une place fondamentale dans le débat sur la façon dont nous devons traiter ces animaux.


Il est clair que les représentations que certains se faisaient de ceux qu’ils qualifiaient, il n’y a pas si longtemps, d’hystériques et de fous, et dont les expressions n’étaient considérées que comme des vociférations, ou des gesticulations désordonnées ont été scientifiquement réfutées tant par les connaissances biologiques que par les connaissances ethnologiques, psychanalytiques et linguistiques. La psychiatrie et la psychologie du jeune enfant se sont confrontées au même problème: il n’y a pas si longtemps encore, l’on croyait que les nouveau-nés ne ressentaient pas la douleur, et on pratiquait sur eux des chirurgies, sans aucune anesthésie. (1) « C'est probablement à partir du début du XX ième siècle que s'est développée en médecine la conviction que le nouveau-né ne pouvait ressentir la douleur, en raison de son immaturité neurologique. Considéré comme doué d'une vie purement végétative, et dénué de conscience, le bébé ne pouvait accéder à un vécu aussi élaboré que la douleur. Certes, il n'avait échappé à personne que les bébés pleurent quand on les pique pour un prélèvement de sang, ou quand on nettoie leurs fesses irritées, mais ces comportements étaient interprétés comme des réflexes. Des comportements qui auraient pu faire croire à la douleur, si on était ignorant... » « Curieusement, il a été déduit du fait que la douleur soit un phénomène complexe à large participation cognitive et émotionnelle, qu'elle ne pouvait concerner le jeune enfant ! Un raisonnement à peu près identique, quoique centré sur la problématique de l'âme, avait fait conclure, au XVII ième siècle, à l'impossibilité pour les animaux de ressentir la douleur. »

Ce n’est pas simple de comprendre comment les autres êtres structurent le monde surtout lorsque nous ne voyons que ce que nous voulons voir et que nous pensons alors que ce que nous voyons est la réalité. Il faut donc au moins se donner la peine d’essayer de comprendre des modes de pensée et de communication différents pour juger de façon plus appropriée.

La condition animale, c'est l'Animal dans son intégralité, et pas seulement quelque élément particulier, comme, par exemple, un comportement instinctif. La condition animale s'exprime à travers tout ce que fait un animal. Même si l’animal n’est pas considéré comme un être humain, l'animal est un être vivant, doué lui aussi de la capacité de ressentir une foule d’émotions comme la peur, le stress, l’ennui, l’inconfort, la souffrance, etc…, et conséquemment, on devrait se questionner à savoir si, moralement et, considérant toutes nos connaissances actuelles, considérant tout ce que nous savons du point de vue scientifique - biologique, ethnologique, psychanalytique et linguistique, le seul modèle concevable du cochon peut encore demeurer celui de le réduire à une fonction de matériau et de matériel d’usine de production, à une fonction de « machine », en l’occurrence une machine à viande, de surcroît méprisée de son vivant !