MASSACRES D'ÉCUREUILS DANS LES ÉRABLIÈRES
Marjolaine Jolicoeur - Journal AHIMSA, printemps 2006
Végétalien/nes et macrobiotiques préfèrent utiliser le sirop d'érable au lieu du miel ou de tout autre sucre. Pour eux, à l'inverse du miel, le sirop d'érable n'est pas un produit venant de l'exploitation d'un animal et il fait partie de notre environnement immédiat. C'est aux Amérindiens mais aussi à l'écureuil roux que nous devons la découverte de ce sirop si symbolique de la culture québécoise puisque 93 % de la production canadienne provient du Québec.
Bien avant l'arrivée des premiers colons, les autochtones faisaient une incision dans le tronc de l'érable avec leur tomahawk et récoltaient le liquide. Les Iroquois buvaient la sève fraîche et la transformaient en boisson fermentée aux propriétés enivrantes. Les Micmacs confectionnaient eux aussi une boisson mais avec les rameaux et l'écorce. Au printemps, ils consommaient les jeunes pousses de l'érable ainsi que les samares (le fruit de l'arbre) qui avaient spontanément germées. À l'automne, ils ramassaient les samares mûres qu'ils faisaient rôtir ou gardaient en réserve pour l'hiver. On a depuis découvert que ces samares ont une teneur en protéines exceptionnelle, soit 43 %. Nos ancêtres québécois considéraient pour leur part la sève d'érable comme laxative, un excellent moyen de se nettoyer l'organisme à la fin de l'hiver. Selon le Frère Marie-Victorin (1885-1944) auteur de la Flore Laurentienne, la bible des botanistes québécois, c'est par l'écureuil roux que les Amérindiens ont appris l'existence du sirop et de la tire d'érable: "lorsque qu'une branche d'érable à sucre casse sous le poids du verglas, la blessure coule au printemps. De cette entaille naturelle, la sève suit toujours le même trajet, parfois même jusqu'au pied de l'arbre. Jour après jour, le chaud soleil printanier évapore l'eau et il ne reste finalement qu'une traînée de tire d'érable que les écureuils roux lèchent goulûment". Cette explication d'un scientifique rejoint les légendes amérindiennes qui racontent qu'un petit écureuil grimpa le long d'un tronc d'arbre et mordit une branche pour la boire. Un Amérindien qui le regardait se demanda pourquoi, puisqu'une source d'eau fraîche coulait tout près. Il imita l'écureuil à l'aide de son couteau et vit que l'arbre donnait du sucre. En prime, il découvrit un remède contre le scorbut, une maladie amenée par les colons

L'ÉCUREUIL CONSIDÉRÉ COMME UN ENNEMI
De nos jours, dans certaines érablières, l'écureuil n'a guère droit à de la reconnaissance pour sa découverte du sirop d'érable. Il est victime de tueries de masse de la part de plusieurs acériculteurs qui le considère comme leur "ennemi maudit". L'écureuil peut en effet ronger les tubulures de plastique servant au transport de l'eau d'érable vers la cabane à sucre et s'enfuir en volant les chalumeaux. Pour se débarrasser de ces écureuils chapardeurs et espiègles, certains acériculteurs les piègent, d'autres les tuent au fusil ou les empoisonnent avec des rodenticides. Ces actions violentes peuvent aussi s'appliquer à d'autres animaux déclarés "nuisibles" par les acériculteurs : porc-épic, ours noir, chevreuil et orignal. Pourtant l'article 32 de la " Loi de conservation et mise en valeur de la faune" est très explicite à ce sujet. "Nul ne peut utiliser un poison, un explosif, une substance délétère ou une décharge électrique pour chasser ou piéger ". L'article 67, quant à lui, mentionne : « une personne ou celle qui lui prête main forte ne peut tuer ou capturer un animal qui l'attaque ou qui cause du dommage à ses biens ou à ceux dont elle a la garde ou est chargée de l'entretien lorsqu'elle peut effaroucher cet animal ou l'empêcher de causer des dégâts ». Une des méthodes la plus prisée demeure le tir au fusil. Un acériculteur pourra abattre, par exemple, plus de 150 écureuils en quelques jours de chasse seulement et ce le plus souvent sans permis. Puisque les prises ne sont pas enregistrées légalement, il est difficile de dénombrer le nombre exact d'écureuils tués par tous les acériculteurs. On estime qu'il peut se chiffrer à plusieurs dizaines de milliers d'animaux par année. Cette méthode, en plus d'être cruelle est inefficace: plus on tue d'écureuils, plus d'autres écureuils viennent les remplacer!

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LA FOURRUE TUE
L'érablière est une milieu riche en vies animales. En utilisant un répulsif contre l'écureuil, l'acériculteur peut contaminer potentiellement l'eau d'érable et les sols mais aussi empoisonner tous les autres animaux ainsi que les oiseaux qui vivent dans l'érablière et dont certains sont les prédateurs naturels de l'écureuil: vison, belette, pékan, lynx, coyote, renard roux, buse, épervier, Grand Duc et crécelle. Mais c'est surtout la martre qui poursuit sans relâche l'écureuil; habile grimpeuse, elle court après sa proie jusqu'au sommet d'un arbre. Elle est elle-même pourchassée car elle possède une fourrure rousse fort convoitée. Au Québec c'est l'animal le plus piégé par les trappeurs - 37 455 martres (ou zibelines du Canada) ont été tuées en 2004-05. Pour ce qui est des renards roux, l'hécatombe est de 7 543 morts. En décimant les populations de martres et de renards mais aussi celle des pékans, des lynx, des coyotes ou des rapaces prisonniers des pièges, les trappeurs déséquilibrent dangereusement les écosystèmes. Les intrus dans la forêt ce ne sont pas les animaux, mais bien ces humains avides d'argent et de peaux animales.

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Vif et nerveux, l'écureuil est plutôt solitaire. Mais dans une érablière, on retrouvera deux groupes d'écureuils: les permanents qui sont souvent des adultes et des femelles qui ne quittent que rarement leur territoire puisqu'elles sont occupées aux soins de leurs petits. Il y a également les individus "de passage" comme les mâles adultes qui quittent temporairement leur territoire à la recherche d'une compagne pendant les périodes d'accouplement ainsi que les juvéniles qui sont à la recherche d'un territoire. Une population d'écureuils dans une érablière peut varier constamment dans une même année en fonction des périodes d'accouplement et de sevrage. On ne peut donc établir de corrélation définitive entre le nombre d'écureuils présents dans une érablière et l'incidence des dommages. En d'autres mots, ce n'est pas parce qu'il y a beaucoup d'écureuils dans une érablière que toutes les tubulures vont leur sembler appétissantes. La propension à ronger et à voler des objets n'est pas identique pour tous les écureuils et il est possible qu'il puisse y avoir une certaine forme d'apprentissage. Tous les écureuils ne développent pas exactement les mêmes habitudes ou comportements. (1)
L'écureuil roux est un mangeur de graines et de noix de toutes sortes, de cônes de pins, d'épinettes et de sapins. Selon la saison, il peut aussi aimer bourgeons, fleurs, petits fruits sauvages et champignons. L'habitude qu'il a d'enterrer - et parfois d'oublier - des noix qui finissent par germer contribue au rétablissement des forêts, au reboisement. Dans sa cachette, son garde-manger, il peut accumuler plus de 100 kg de provisions pour l'hiver. L'écureuil s'éloigne rarement des arbres et pourvu d'une agilité étonnante, il saute d'une branche à l'autre, avec parfois des bonds de 3 mètres. Il peut aussi être un excellent nageur, passant d'une rive à l'autre, la tête et la queue hors de l'eau.
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SOLUTIONS PACIFIQUES
Au lieu de recourir systématiquement à des tueries de masse, des solutions plus éthiques et écologiques doivent être envisager pour que les acériculteurs et les écureuils vivent en paix. Afin de dévier l'attention des écureuils, on peut installer des postes de nourriture et leur donner du mais concassé et des graines de tournesol. Éviter de couper les arbres porteurs de cônes afin que les écureuils puissent s'en nourrir.
Bien laver les équipements servant au ramassage de la sève d'érable en prenant soin d'enlever tout résidu qui pourrait pousser un écureuil avide de sucre à s'en emparer. Interdire le piégeage et la chasse de la martre, du renard roux, du pékan, du lynx, des belettes, etc. , de tous ces animaux et ces oiseaux ayant un rôle à jouer dans leurs habitats naturels. Les trappeurs tentent de nous faire croire que le piégeage est une "gestion de la faune", alors qu'en fait il s'agit d'une domination cruelle et mercantile qui dévaste et désorganise les écosystèmes. Afin que l'humain puisse cohabiter pacifiquement avec les écureuils mais aussi avec tous les autres animaux, se rappeler que la forêt n'appartient pas qu'aux humains, que les animaux y ont aussi droit de vie.
1) Les dommages causés par les rongeurs à la tubulure d'un système de collecte de l'eau d'érable. État de la question. Gaston B. Allard, Centre de recherche de développement et de transfert technologique en acériculture, 1986 2)Les mammifères du Canada, Banfield, A.W.F., Musée National des Sciences Naturelles, 1974